Archéodéfis #13 : la solution. Une peinture épicée!

Cette fresque a été découverte sur le site d’Akrotiri, à Santorin, une petite île au large de la Grèce dévastée par l’éruption d’un volcan durant l’Âge du Bronze il y a plus de 3000 ans. Elle représente la récolte du Safran…

Crocus cartwrightianus – source Wikipedia

Le safran est une épice issue des stigmates séchés de fleurs de safran (Crocus sativus) qui est utilisé comme assaisonnement, médicament mais aussi pour la teinture ou le parfum. Il aurait été cultivé pour la première fois en Grèce il y a plus de 3 500 ans.

L’ancêtre sauvage de la fleur de safran domestique est le Crocus cartwrightianus qui suite à plusieurs croisements, à la fin de l’âge du bronze, en Crète, aurait donné une forme mutante : Crocus sativus. Une des plus anciennes mentions écrites, proviendrait d’un texte assyrien (règne d’Assurbanipal, au 7ème s. av. notre ère).

Akrotiri – Une « Pompéi » de l’Âge du bronze

Située dans l’archipel grec des Cyclades, la physionomie de l’île de Santorin (Théra) fut profondément modifiée à la suite de l’effondrement d’une grande partie du cône volcanique en une large caldeira lors de l’éruption volcanique, qui eut lieu entre 1640 et 1620 avant notre ère, soit il y a plus de 3000 ans.

Bien que le site soit fouillé depuis presque un demi-siècle, seulement deux hectares de l’antique cité a été mise au jour, on lui suppose une surface bien plus grande. Il est l’un des sites archéologiques de l’Âge du Bronze, le mieux conservé du bassin égéen. Il doit cet extraordinaire état de conservation à l’événement même qui lui a valu sa destruction : ensevelissant la cité sous une épaisse couche de cendres qui l’a ainsi mise à l’abri de l’érosion et des hommes.

On y a trouvé des tessons de céramique et autres témoignages faisant remonter l’occupation du site au Néolithique (5ème millénaire avant notre ère).

À l’instar de Pompéi, avant la destruction du site par le volcan, un tremblement de terre important avait fait d’importants dégâts dans la ville, au moins une cinquantaine d’année avant ; la ville ayant été « réparée » en comblant les fondations des anciennes maisons. Les restes de murs effondrés furent réutilisés sur place pour rehausser le niveau de la rue.

En revanche, à l’inverse de Pompéi, aucun reste humain n’a été retrouvé, dans les décombres de la ville, pour le moment… N’oublions pas qu’une très petite surface de la ville est fouillée. Un tremblement de terre annonciateur a permis les habitant de se préparer. Par ailleurs, aucun objets précieux, peu d’outils coûteux n’ont été trouvé non plus : les habitants ont eu le temps, avant l’éruption, de rassembler leurs objets de valeur et de fuir. Jusqu’où ? on ne le sait pas. On-t-il eu le temps de prendre la mer ? On l’ignore. On ne trouve sur aucune des îles du voisinage, ni La Crète, ni Rhode, ni sur la côté anatolienne, d’indices indiquant une immigration importante au moment de l’explosion du volcan. Il est quasi certains que s’ils ont eu le temps de quitter l’île, ils ont été tués par les gaz de l’éruption ou par le tsunami.

Avant le séisme, les rues étaient pavées de grandes plaques de pierre, sous lesquelles s’écoulaient les égouts à pente constante dans toute la ville. Il faut imaginer des maisons de deux ou trois étages, qui possédaient des salles de bains reliées à l’égout par des descentes en argile cuite : les tuyaux commençaient à l’étage à un mur extérieur, étaient conduits au rez-de-chaussée à travers le mur et aboutissaient devant la maison, sous la rue, à un des fossés reliés à l’égout.

Pour l’heure, aucun palais ou siège de pouvoir, aucune fortification de la ville ou autre installation militaire n’ait été trouvée.

En revanche, dans ce ce tissu urbain, on distingue les « Xestè » qui sont des bâtiments ayant probablement une fonction publique liée à l’administration ou à la religion comme le suggèrent l’organisation architecturale et les objets qui y furent trouvé. Le terme Xestè, signifie bâtiment réalisé en pierre de taille, nom donné par S. Marinatos, qui fut le premier archéologue à travailler sur le site de 1967 à 1974. La fresque que nous avons ici provient de la maison Xeste 3.

Les fresques étaient souvent situées aux les étages, parties privées (les rez-de-chaussée étant souvent des ateliers, boutiques, ou lieux de stockage). Certains bâtiments se distinguent de ce modèle, avec au rez de chaussés, une zone décorée, que l’on interprète comme lieu de cérémonies. C’est le cas de la Xeste 3 aurait servi à des rites initiatiques.

Xeste 3, des cueilleuses de crocus

Le bâtiment Xeste 3 au sud-ouest des fouilles actuelles est interprété comme bâtiment de rites initiatiques et de passage (dépôt de cornes et de bois de cervidés, d’une chèvre en or, et avant tout la riche décoration du bâtiment avec des fresques sur divers thèmes)

 La Xeste 3 a livré le plus grand nombre de fresques retrouvées jusqu’à maintenant dans la ville.

à gauche une jeune femme verse de son panier, sa récolte de crocus, au centre, un singe, à droite une femme, plus importante (dite « maîtresse des animaux » ou « déesse ») qui tient en laisse un griffon assis derrière elle.

Elles se trouvent notamment dans une pièce avec une dépression au sol associée à une paire de cornes de taureau en pierre, interprétée comme un lieu de culte.

Parmi ces enduits muraux , à l’étage, la fameuse fresque des cueilleuses de safran. Fragmentaire, on y voit une femme siégeant sur un trône derrière elle, un griffon tenu en laisse. Devant elle s’incline une jeune femme, versant sa récolte de crocus. Entre les deux personnages féminins, un singe bleu tend à la « déesse » une coupe. Ce paysage continue sur le mur est, où une jeune femme et une autre plus âgée cueillent des fleurs de crocus à safran. Cette scène a été interprétée comme un rite d’initiation féminin auquel participent des femmes de diverses générations. Des fragments de deux autres fresques suggèrent une cinquième femme, et l’autre un paysage de plantes et oiseaux aquatiques.

Restitution des fresques de Xeste3 – (source: E. Fournier)
La ramasseuse de Crocus est à l’étage, sur la droite
La fresque avec le griffon, toujours au 1er étage, en face de l’observateur

Le crâne bleu est une convention de représentation illustrant des cheveux rasés ou coupés très courts (on voit bien ci dessous les petits cheveux ) et où l’on voit d’ailleurs quelques mèches préservées.

Détail de la « maîtresse » où l’on peut voir un grossissement de son vêtement sur lequel est figuré des bandes de crocus, où sont bien mis en valeur les stigmates)

La liste complète des archéodéfis :

#1 : Premier jour…
#2 : Dans 10 000 ans
#3 : Vieux meubles
#4 : Objet mystère…
#5, animaux préhistoriques
#6 : un tour en Egypte
#7 : Qui suis-je ?
#8 : nous les singes…
#9 : des extraterrestres ?
#10 : mais qu’est-ce que c’est que ça ?
#11 : Que fait-il ?
#12 : C’est beau, mais c’est quoi ?
#13 : Une fresque mystère
# 14 – Lucy, mémé ou cousine ?
# 15 – Drôle d’objet
#16 : Qui suis-je ?
#17 : Musique !

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