Archéodéfis #12, la solution : de jolis champs bleus

Cette image représente une section de tige de lin vue au microscope. Le lin est une plante importante pour les textiles et elle intéresse donc beaucoup les archéologues.

Jolis champs bleus

Le lin est une plante qui pousse spontanément dans de nombreuses régions tempérées, idéalement avec un climat un peu humide. Les varois pourront en chercher à la fin du confinement.

La culture du lin nécessite des terres riches et meubles. Il était exploité dans l’Antiquité dans la vallée du Nil par exemple (tiens, on en déjà parlé dans l’archéodéfi #6…). Aujourd’hui on le cultive en France dans le Nord et en Picardie. Il existe une centaine de variétés de lins textiles dont quatre principalement sont cultivées et exploitées pour les textiles.

Un long processus

Une tige comporte des faisceaux de fibres disposés sur tout le tour de la tige, et donc grandissent en même temps que la plante.

Portion d’une coupe transversale de tige de lin. En bleu clair, on peut voir les fibres à parois épaisses en périphérie des tissus conducteurs – microscope optique (x 200).

L’extraction des fibres des tiges de lin nécessite plusieurs étapes :

L’étape délicate du rouissage demande beaucoup de savoir-faire, car si le pourrissement est trop avancé, les fibres sont altérées. Il existe deux techniques :

  • Le rouissage à l’eau : les tiges sont immergées dans l’eau, selon la maturité des tiges, la température et la dureté de l’eau, l’action prendra plus ou moins de temps (quelques jours).

Le rouissage à même le sol : les tiges sont étalées pendant une vingtaine de jours. C’est notamment la rosée matinale qui va activer l’action des micro-organismes. Les tiges sont retournées régulièrement.

Rouissage au sol d’un champ de lin

Vient ensuite le teillage : les tiges vont être broyées, battues pour éliminer les débris ligneux (bois et écorce) afin débarrasser des débris autres que les fibres qui vont aussi être étirées. Les fibres longues (la filasse) et les fibres courtes (étoupe) sont séparées.

Le peignage qui consiste à démêler la filasse, éliminer les derniers débris, diviser les faisceaux.

Le lin et les archéologues

Le lin était peut-être l’une des fibres végétales les plus employées entre le Néolithique et l’Antiquité. Son nom scientifique (Linum usitatissimum qui signifie « très utilisé» en latin) témoigne du très large emploi que l’on faisait de cette plante.

Des fibres de lin sauvage récoltées datant du 9ème millénaire ont été mises au jour sur les sites anatoliens de Çayönü Tepesi, et de Nahal Hemar. Ce n’est pas un harsard puisque le Proche Orient est l’un des berceaux de l’agriculture.

La culture du lin étant attestée dès le 9ème millénaire (Natoufien), cela suppose un emploi de ce végétal plus ancien encore… Le lin a pu être ramassé à l’état sauvage, à titre alimentaire (les graines) ou curatif, avant que l’on exploite ses capacités textiles.

Les habitants des sites lacustres néolithiques de Suisse auraient employé la forme sauvage et vivace du lin (Linum angustifolium). Les analyses palynologiques du site de Charavines démontrent la culture du lin.

En Égypte, le lin semble cultivé dès la période prédynastique (Nagada I-II : 5000 à 3170 av. notre ère). C’était un artisanat lié à l’État, avec ses ateliers royaux. Par exemple, Ramsès III (1198-1166 av. notre ère) offrit, tout au long de ses 32 ans de règne, 50 877 robes pour les fonds sacrificatoires. Les sujets du temple devaient s’acquitter auprès de Pharaon d’un impôt annuel sous forme de robes en lin (environ 4 500). À Thèbes, on relève parmi les revenus du temple, 3 722 vêtements de lin et 64 000 bottes de lin. Ce type d’impôt n’était pas limité à l’Égypte. Dans le monde égéen, le linéaire B (écriture employée dans la société minoenne) nous révèle que le lin était obtenu par prélèvement fiscal et donc non produit par le palais.

Tissu en lin datant de l’Egypte antique. A l’état neuf il devait être d’un blanc éclatant !

Dans la Grèce antique, à Pylos, outre le lin, les tablettes mentionnent les  « travailleurs du lin » (ri-ne-ja), il semblerait qu’il s’agissait là, d’un centre « d’industrie » du lin, et témoignerait donc d’une culture du lin à grande échelle en Messénie.

Les gaulois utilisaient plutôt la laine et d’autre fibres animales, mais l’empire romain va de nouveau répandre l’usage du lin en Europe. Durant la période romaine, une corporation des liniarii a été mise en place afin de garantir une production suffisante pour couvrir les besoins de la société romaine et de l’armée. Les paysans de la péninsule Italique étaient même formés à la culture et aux traitements de la plante jusqu’à son tissage.

Au Bas Empire (c’est-à-dire du 3ème au 5ème s. de notre ère, l’industrie textile devient monopole d’État, avec la mise en place d’ateliers impériaux. Les colonies devaient un impôt de lin annuel à Rome. Durant cette même période, dans les régions de la Gaule affaiblies par les invasions barbares, la culture du lin n’était plus réservée qu’à une élite, la majeure partie de la population faisant usage de fibres plus économiques à collecter comme la laine. Au début du Moyen-Âge, au 7ème s. de notre ère, à la suite sans doute d’une stabilisation de la société et par là-même de l’économie, la culture du lin prend un nouvel essor.

La liste complète des archéodéfis :

#1 : Premier jour…
#2 : Dans 10 000 ans
#3 : Vieux meubles
#4 : Objet mystère…
#5, animaux préhistoriques
#6 : un tour en Egypte
#7 : Qui suis-je ?
#8 : nous les singes…
#9 : des extraterrestres ?
#10 : mais qu’est-ce que c’est que ça ?
#11 : Que fait-il ?
#12 : C’est beau, mais c’est quoi ?
#13 : Une fresque mystère
# 14 – Lucy, mémé ou cousine ?
# 15 – Drôle d’objet
#16 : Qui suis-je ?
#17 : Musique !

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